Espace gestion

Le 12 octobre 2026

Neuf, bon état, état d’usage : comment évaluer chaque élément d’un état des lieux ?

Pour évaluer chaque élément d’un état des lieux, utilisez une échelle fermée de cinq niveaux : neuf, bon état, état d’usage, vétuste et dégradé. Accompagnez toujours ce niveau d’une description factuelle et d’une photo. En effet, la loi n’impose aucune échelle. Le décret du 30 mars 2016 exige seulement une « description précise ». C’est donc la description, bien plus que l’adjectif, qui rend la mention opposable en cas de litige.

Mis à jour le 12 octobre 2026

« Bon état ». Deux mots écrits à la va-vite à l’entrée, puis une retenue de 340 € contestée dix-huit mois plus tard. Le problème n’est presque jamais le constat : c’est le vocabulaire. Voici donc une grille stable, ainsi que la règle qui la rend opposable.

À retenir

  • Aucun texte n’impose d’échelle : seule une description précise est exigée.
  • Cinq niveaux suffisent : neuf, bon état, état d’usage, vétuste et dégradé.
  • L’état d’usage acte une usure normale déjà présente à l’entrée.
  • L’état et la propreté se notent dans deux colonnes distinctes.
  • Une mention tient si elle suit l’ordre : niveau, constat, emplacement, photo.

Avant de choisir des mots, il faut d’abord savoir ce que le texte exige vraiment. Or il exige peu : cela laisse une grande liberté, mais aussi une vraie responsabilité.

Une description précise, mais aucune échelle imposée

Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 fixe le contenu minimal de l’état des lieux. Parmi les mentions obligatoires figure la « description précise de l’état des revêtements des sols, murs et plafonds, des équipements et des éléments du logement ».

Précise : c’est le seul critère. En effet, le texte ne donne ni échelle, ni liste d’adjectifs, ni nombre de niveaux. Ainsi, chaque bailleur, chaque agence et chaque logiciel construit son propre vocabulaire. C’est justement là que le litige s’installe, car le locataire n’a jamais la même définition en tête que le gestionnaire.

Ce que cela change pour le bailleur et le gestionnaire

Cette liberté a donc deux conséquences pratiques :

  • d’une part, vous êtes libre de choisir votre échelle : personne ne pourra vous reprocher de ne pas avoir utilisé la « bonne » ;
  • d’autre part, vous êtes responsable de sa cohérence. Une échelle floue, ou appliquée différemment d’un collaborateur à l’autre, affaiblit tous vos états des lieux d’un coup.

Neuf, bon état, état d’usage, vétuste, dégradé : que veut dire chaque niveau ?

Quatre niveaux suffisent en général à décrire ce qu’on voit. Il en faut toutefois un cinquième pour dire ce qui s’est passé : c’est toute la différence entre un élément usé par le temps et un élément abîmé par quelqu’un. Au-delà de cinq, en revanche, on gagne en nuance ce qu’on perd en fiabilité. Plus l’échelle est fine, moins deux personnes la lisent de la même façon.

Les cinq niveaux d’état en un coup d’œil

Tableau 1 – Les cinq niveaux d’état d’un état des lieux et leurs conséquences à la sortie
NiveauCe qu’il décritExemple concretCe qu’il implique à la sortie
NeufJamais utilisé, ou posé juste avant l’entrée. Aucune trace, aucune reprise.Peinture refaite la semaine précédente, plaque de cuisson encore sous film.Tout écart est imputable au locataire, sous réserve de la vétusté acquise pendant le bail.
Bon étatFonctionnel, propre, sans défaut visible à hauteur d’œil.Parquet vitrifié avec de micro-rayures sous les meubles, mur sans trou ni auréole.Une dégradation est un écart net par rapport à cette description, pas la simple suite de l’usure.
État d’usageFonctionnel, mais visiblement marqué par le temps : c’est l’usure normale.Peinture terne après six ans, joints de douche jaunis, sol souple creusé devant l’évier.L’élément était déjà entamé : son évolution relève d’abord de la vétusté.
VétusteL’élément a atteint sa durée de vie : il fonctionne mal, ou plus du tout, sans événement particulier.Robinet entartré qui goutte, sangle de volet roulant usée après huit ans.Reste à la charge du bailleur (article 7 d de la loi du 6 juillet 1989).
DégradéUn désordre caractérisé, localisé, sans rapport avec l’âge de l’élément.Faïence fendue par un choc, brûlure sur le plan de travail, porte enfoncée.Noté à l’entrée, il ne sera pas facturé au locataire. Constaté seulement à la sortie, il lui est présumé imputable.

Source : décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 et loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 7.

Quelle différence entre bon état et état d’usage ?

Le bon état décrit un élément sans défaut visible. L’état d’usage, lui, décrit un élément qui fonctionne mais que le temps a déjà marqué. C’est pourtant le niveau le plus souvent absent des grilles maison, alors qu’il est le plus utile.

Sans état d’usage, en effet, on n’a le choix qu’entre deux mauvaises options. D’une part, « bon état » surévalue et sera contesté à l’entrée. D’autre part, « mauvais état » sous-évalue et interdit toute retenue à la sortie. L’état d’usage, au contraire, acte une usure normale déjà présente. Il protège donc à la fois le locataire et le bailleur.

Pourquoi distinguer vétuste et dégradé dès l’entrée ?

La distinction entre vétusté et dégradation porte à elle seule la répartition de la facture. La vétusté reste à la charge du bailleur ; la dégradation, elle, est présumée imputable au locataire. Or faire cette distinction à la sortie, de mémoire, est bien plus difficile que de la poser dès l’entrée.

Paramétrage des boutons d’état dans l’espace de gestion ImmoPad : libellés, couleurs et alerte automatique sur le niveau Dégradé
Les niveaux d’état se paramètrent une fois pour toute l’agence : libellé, couleur, et alerte automatique, ici déclenchée sur « Dégradé ».

État d’usage et propreté : faut-il les évaluer séparément ?

Oui. Par exemple, un mur peut être en état d’usage et pourtant propre, ou en bon état et sale. À l’inverse, un four peut être vétuste et impeccable. Confondre les deux, c’est donc perdre le bénéfice des deux. En effet, la propreté se rattrape en une heure de ménage, alors que l’état, non.

Ouvrez donc une seconde colonne, avec sa propre échelle courte : propre, à nettoyer, sale. À la sortie, c’est cette colonne, et elle seule, qui justifie une remise en état de propreté.

Comment rédiger une mention « état d’usage » qui ne sera pas contestée ?

Une bonne échelle ne suffit pas, car chaque ligne doit aussi être vérifiable. Qu’il s’agisse d’un état d’usage ou d’un bon état, deux réflexes font alors la différence.

La règle d’or : décrire avant de qualifier

Un adjectif est une opinion. Une description, en revanche, est un fait. En cas de contestation, le juge ou le conciliateur ne tranche pas entre deux opinions : il regarde ce qui a été décrit.

Tableau 2 – Mentions d’état des lieux qui ne tiennent pas, et mentions qui tiennent
Ce qui ne tient pasCe qui tient
Plan de travail : usagéPlan de travail : état d’usage – rayure de 10 cm à droite de l’évier, angle avant droit légèrement éclaté (photo 12)
Murs séjour : bon étatMurs séjour : bon état – peinture blanche mate, deux chevilles rebouchées mur nord, aucune auréole
Chaudière : RASChaudière : bon état de fonctionnement – mise en route en présence du locataire, dernier entretien 03/2026, attestation remise

La formule à retenir tient donc en quatre temps : d’abord le niveau, puis ce qu’on voit, ensuite l’endroit, enfin la photo. Cela prend certes quinze secondes de plus par ligne. En échange, toutefois, la ligne devient opposable.

Sélection du niveau État d’usage ou Bon état sur le sol du séjour dans l’application ImmoPad, avec description factuelle
Le niveau se sélectionne d’un geste, la description factuelle s’écrit juste en dessous.
Photo du parquet rattachée à l’élément Sol dans l’application ImmoPad sur tablette
La photo s’ajoute sur la même fiche : elle reste rattachée à l’élément qualifié.

Quels mots bannir de l’état des lieux ?

  • « RAS », « correct », « moyen », « normal » : aucune de ces mentions ne décrit quoi que ce soit. Elles se retournent d’ailleurs presque toujours contre celui qui les a écrites.
  • « Neuf » employé comme synonyme de propre. Or un logement nettoyé n’est pas un logement neuf : la mention vous engage ainsi sur l’absence totale d’usure.
  • « Usagé » tout court. Le mot est ambigu, car il peut se lire comme une usure normale ou comme un défaut. Préférez « état d’usage », qui renvoie clairement à la notion de vétusté.
  • Les mentions négatives seules, comme « pas de trace » ou « rien à signaler ». Décrivez plutôt ce qui est là, et non ce qui n’y est pas.

Exemple concret

À l’entrée, les murs d’un séjour repeints il y a six ans sont notés « bon état ». À la sortie, trois ans plus tard, la peinture est terne et jaunie près de la fenêtre. Le bailleur retient alors 340 € pour repeindre la pièce, et le locataire conteste.

En revanche, si l’entrée avait indiqué « état d’usage – peinture terne, micro-fissures, travaux de 2020 », le débat aurait été clos en une ligne. L’évolution relevait en effet de la vétusté, donc du bailleur. Par conséquent, aucune retenue n’était possible sur ce poste.

Comment appliquer la même grille dans toute l’équipe ?

Une grille de vocabulaire ne vaut que si tout le monde l’applique de la même façon. Ainsi, l’état d’usage doit vouloir dire la même chose pour chaque intervenant. Trois réflexes suffisent pour y parvenir.

  1. Écrire les définitions une fois, sur une page, et les annexer à votre modèle d’état des lieux plutôt que de les laisser dans la tête de chacun.
  2. Caler les niveaux sur un cas réel. Reprenez un état des lieux récent en réunion, puis faites qualifier trois éléments par chacun. Comparez ensuite : les écarts sautent aux yeux en dix minutes.
  3. Verrouiller les listes de choix dans l’outil. Si le champ est libre, il y aura autant de vocabulaires que d’intervenants. S’il est fermé, en revanche, la grille tient toute seule.

C’est enfin cette cohérence qui rend possible, à la sortie, une comparaison ligne à ligne avec l’état des lieux d’entrée. Pour revoir toutes les étapes, consultez aussi notre méthode pour faire un état des lieux étape par étape et nos conseils pour éviter les contestations d’état des lieux.

Questions fréquentes sur l’état d’usage et l’évaluation d’un état des lieux

La loi impose-t-elle une échelle d’évaluation pour l’état des lieux ?

Non. Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 exige une description précise de l’état de chaque revêtement et de chaque équipement. En revanche, il ne fixe ni échelle ni vocabulaire.

Quelle est la différence entre bon état et état d’usage ?

Le bon état décrit un élément sans défaut visible. L’état d’usage décrit un élément fonctionnel mais déjà marqué par le temps. Le second acte donc une usure préexistante, qui relève de la vétusté.

Que signifie « état d’usage » dans un état des lieux ?

L’état d’usage correspond à l’usure normale d’un élément qui fonctionne encore. Par exemple, une peinture terne après six ans ou des joints jaunis. Cette usure reste à la charge du bailleur à la sortie.

Peut-on écrire « RAS » dans un état des lieux ?

C’est possible, mais déconseillé. La mention ne décrit rien et ne permet aucune comparaison à la sortie. Une description factuelle, même courte, a une valeur de preuve bien supérieure.

Faut-il noter la propreté dans l’état des lieux ?

Oui, de préférence dans une colonne distincte de l’état. Ainsi, une remise en état de propreté peut être justifiée à la sortie sans se mélanger avec l’usure des matériaux.

Combien de niveaux d’état utiliser ?

Cinq niveaux suffisent dans la grande majorité des cas : neuf, bon état, état d’usage, vétuste et dégradé. Au-delà, deux intervenants risquent de ne plus lire l’échelle de la même façon.

Sources officielles

Évaluer vos états des lieux avec ImmoPad

Avec ImmoPad, les niveaux d’état se paramètrent une seule fois pour toute l’agence, dans Personnalisation > Nomenclatures > Boutons d’état. Chaque intervenant retrouve ainsi la même liste fermée sur le terrain. De plus, une alerte peut se déclencher automatiquement sur le niveau « Dégradé », et la photo se rattache directement à la ligne qualifiée.

Avatar de Charles-Emmanuel Madre

Ce sujet vous a plu ? Voici d’autres articles sur le même sujet :